Archives pour août, 2012

Les articles sur la violence dans les psaumes et sur les auteurs des psaumes a ouvert la réflexion d’une blogueuse, Nathalie, sur une autre question tout aussi intéressante: toutes les paroles des psaumes sont-ils paroles de Dieu? Voilà une question tout aussi difficile! Nous reprendrons cette thématique dans les prochaines semaines avec un frère de Lille. Mais déjà, le débat est lancé… Vous avez la parole !

                Vous avez décidé de passer tous les psaumes en revue. Mais franchement, certains psaumes me laissent indifférente car ils reflètent trop l’histoire d’un peuple qui, même si en cherchant fort nous pourrions trouver des histoires similaires dans notre siècle , ne nous concerne plus. Les médiations font même des prouesses pour les réactualiser mais je ne les trouvent pas convaincantes.
En outre, ils montrent une foi religieuse d’avant le christ. Par le Christ, qui a prêché l’amour des ennemis et la douceur d’un père, les propos de certains auteurs de psaumes ne « correspondent plus ». Et il m’ est impossible de prier certains paragraphes car il reste définitivement de leur temps et de leur foi. (…)
               Je vous le rappelle, j’aime les psaumes mais certains restent « historiques » et font référence à des événements que nous ne connaissons pas. (…) J’ai également envie de répondre aux sentiments d’irritation et de colère qu’exprime certains psaumes. Beh oui ,ca fait du bien. Nous aussi chrétiens nous clamons nos exaspérations et nos souffrances devant Dieu dans nos prières et les psaumes en sont champions. mais là ou cela va trop loin c’est quand Le bon comportement de l’époque est de haïr ceux qui haïssent Dieu ou qui blasphèment ( comme une forme d’intégrisme?). Peut-on aussi s’associer aux psaumes qui demande à Dieu de les venger? Même si c’est humainement compréhensible , ce n’est pas priable pour moi.

                   En conclusion, ce que je veux dire c’est que je ne critique en rien les auteurs des psaumes, ils étaient de leur époque , mais ne me demander pas de alors d’essayer de prier chaque mot de ces psaumes comme si cela me correspondait ou que Dieu me parlait. Je reste persuadée qu’il y a une part éternelle dans les psaumes et une part historique qui ne nous concerne plus (à ne pas confondre).

En raccourci, le roi David est considéré comme l’auteur des 150 psaumes. A y regarder de plus près, les choses se compliquent ! Une internaute dans la blog, il y a quelques semaine, faisait remarquer que dans la Bible de Jérusalem les titres des psaumes rapportaient différents auteurs…

  Dans le texte hébreu, on compte en effet 73 psaumes attribués au roi David, puis apparaissent deux familles sacerdotales, chantres au Temple de Jérusalem, « les fils d’Asaph » comptabilisés 12 fois et les « fils de Coré », 11 fois. Plus parcimonieusement, nous pouvons rencontrer Hémân, Etan ou plus connus, Moïse et Salomon. Enfin, 35 psaumes sont sans attribution. Mais, pour couronner le tout, ces titres quand ils existent sont eux-mêmes problématiques car nous ne savons pas s’ils voulaient à l’origine désigner les auteurs de ces poèmes ou s’ils leur étaient dédicacés. On pourrait donc en perdre son latin ou son hébreu !

Toutefois, en considérant ce que le livre de Samuel rapporte du talent de musicien de David (1 S 16, 16-18), on peut penser que certaines pièces du psautier proviennent bien de David (comme le psaume 17, que l’on retrouve en 2 samuel 22 ou le psaume 50 en lien avec  2 Samuel, 12, 1-10). On estime en effet que le recueil n’a pu se former qu’à partir d’un noyau authentique de poèmes. La composition de l’ensemble pourrait alors s’étaler du X° siècle au III° siècle avant Jésus-Christ avec différents auteurs provenant du milieu liturgique de Jérusalem. Le psautier a été mis plus tard sous le patronage de David, le considérant comme l’ordonnateur du service liturgique. Dans le livre des Chroniques, on peut y lire, en référence aux psaumes, « David dit aux chefs des Lévites de disposer leurs frères les chantres avec des instruments de musique, des luths, des harpes et des cymbales, qu’ils devaient faire retentir de sons éclatants en signe de réjouissance ». On s’accorde ainsi à dire que les psaumes devaient occuper une place importante dans la liturgie du Temple à Jérusalem.

Et vous, quelle parole poétique portez-vous?

Illustration: David joue de la harpe (P Comestor Bible historiale) – Jean Bondol – 1372 – Notice n° A2910
Pour aller plus loin : Introduction aux psaumes de la Bible de Jérusalem (édition de travail, Cerf, 1998) ; Le psautier de David de J.-L. Vesco, Cerf, 2006.

La Parole est cette semaine à Otto, un compagnon hollandais fidèle de Psaume dans la Ville. Le débat continue sur la violence présente dans les psaumes… et qui révèle aussi celle que nous cachons en nous, au risque de nous pourrir de l’intérieur.

Excusez-moi mon français un peu rouillé! Je me souviens des hésitations d’une animatrice pastorale il y a quelques ans autour une méditation sur le psaume 136, « Au bord des fleuves de Babylone » avec cette fin terrible, le menace contre les petits enfants qu’il « faudrait lancer contre le roc »… Elle a finalement dit que peut-être il est mieux de crier seulement cette malédiction que de la mettre en pratique. Contre l’abîme d’un cœur plein de haine, il y a ici lieu pour un cri bien-sûr inconfortable et vraiment choquant. Frère Pierre Hugo indique qu’il s’agit de se mettre devant Dieu. C’est le Dieu du psaume 138, « Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais! », un Dieu qui voudrait connaître l’homme entier et la femme entière, avec toutes ses faiblesses, son malheur, le mal dans son cœur, ses fautes, ses défis et défaites! Et pourtant, et néanmoins, c’est justement la grandeur de Dieu de laisser la femme ou l’homme, digne de vivre. N’est-ce pas cette ampleur de vie, cette totalité d’être vivant devant la face du Seigneur qui est mis en paroles dans le psautier avec cette façon si impressionnante et souvent bouleversante ?

    Encore quelques paroles: le psautier montre la vie humaine dans presque toutes ses qualités. Peut-on vraiment nier le rôle de violence dans les sociétés à travers les âges? Le psautier n’est pas seulement un document réligieux ou une collection bien structurée des poèmes, facile à étiqueter ou ignorer, il est un document humain qui sait rompre nos armures intellectuels, nos arrogances, nos aveuglements, bien que nous préférions être seulement consolés ou inspirés par le trésor des psaumes. Au milieu de la Bible on trouve les psaumes, on peut trouver les psaumes au milieu de la vie, à juste titre…

 

Voici une question envoyée par Lucienne et reçue sur notre boite : « Pourquoi dans les psaumes trouve-t-on toujours les termes d’attaque ou de vengeance, comme si Dieu était un éternel bagarreur ? Il extermine  mes ennemis, en fait de la chair à pâté… quand j’entends des moines ou moniales les chanter à longueur d’année, je me demande  quel suc  ils en tirent ! Je n’ai jamais osé choquer quelqu’un par cette question, mais ces thèmes ressassés me  gênent énormément ». Nous avons demandé au frère Pierre Hugo, de notre communauté de Lille, de nous dire son idée là-dessus :

  « Cette question est  à la fois intéressante et redoutable. J’ai constaté que ceux qui  suppriment ces versets de violence sont parfois capables de dureté et de sectarisme. C’est peut être nous qui sommes les bagarreurs.

Comment dire ces versets et les prier alors que je crois en un Dieu qui se révèle peu à peu comme un Dieu d’amour et qui me demande de pardonner à mes ennemis?

 Je crois d’abord que les psaumes , comme toute l’Ecriture, sont une pédagogie de la révélation de Dieu et de la prière. Si Dieu se donne parfaitement en Jésus Christ, il n’est compris que peu à peu dans l’Histoire et    dans nos vies. Il s’adapte à nos lenteurs, à nos incompréhensions. Dans les psaumes, comme dans l’Ancien testament, ce qui est indigne de Dieu témoigne en définitive de l’indignité de l’homme. La part de Dieu, c’est le ferment spirituel qui nous intériorise progressivement, c’est le ferment qui nous entraine au delà de nos misères vers la lumière. Saint Augustin pour qui les psaumes sont la prière du Christ, tête et membres, dit que les imprécations, les cris de douleurs sont les cris des membres de l’Eglise. Dieu nous apprend peu à peu à devenir ses fils. C’est pas d’un coup qu’on apprend à pardonner. Les psaumes nous évangélisent.

D’autre part, si je garde ces cris des psaumes, c’est qu’ils m’aident à sortir de la plainte pour redécouvrir la clameur devant Dieu. Au lieu de se plaindre de tout, de soi et des autres, il serait urgent de retrouver la clameur devant Dieu. Si dans nos vies on se plaint de tout, c’est qu’on a perdu le sens de la lamentation qui consiste à pleurer devant Dieu. Aussi les forces d’irritation et de colère qui agitent nos cœurs ne trouvant plus leur exutoire normal, se déchainent sur les personnes qui nous entourent au point de les rendre malheureuses. Dieu seul qui est notre père est capable de supporter les rebellions et les cris de ses enfants.. Pour moi, les psaumes évangélisent les bagarreurs que nous sommes pour nous aider à devenir un peu enfants. »

Et vous, quelle serait votre réponse?